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7. Pêcheur, un métier abandonné ? – Catherine Moureaux
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Le port est incontestablement un lieu symbolique de la ville d’Al Hoceima. Le symbole d’une ville côtière dont la pêche a nourri des milliers de familles et dont la riche biodiversité offre des poissons spécifiques tels que le mérou d’Al Hoceima, ou le décrié « negro ». Le symbole aussi, depuis la mort de Mouhcine Fikri, de la lutte désespérée de ses habitants pour s’en sortir.

La  pêche n’est plus ce qu’elle était à Al Hoceima…

Plusieurs de nos interlocuteurs sur place ont souligné la dégradation de la condition économique des pêcheurs. Les causes évoquées sont multiples. Les autorités locales ont pointé les exigences des traités européens qui d’une part interdisent la pêche de certains poissons et d’autre part imposent des pauses pour la reproduction d’autres espèces. Ces traités ont pour origine le constat d’une baisse généralisée des ressources en poissons en Méditerranée, baisse causée par la surexploitation, les pollutions et le changement climatique. Du coup, la pêche à l’espadon est par exemple interrompue trois mois par an. Et les pécheurs marocains, contrairement à leurs homologues européens, ne perçoivent pas de subventions compensant ces manques à gagner. L’absence de toute autre couverture sociale les laisse donc sans revenus 3 mois par an.

Selon une autorité locale, il s’agit d’une injustice scandaleuse : il en appelle à la responsabilité des pays européens qui, pour lui, contractent des traités sans s’assurer de leur effet sur les populations locales. Nous reviendrons sur  ce thème dans notre fiche consacrée aux traités européens.

La problématique des dauphins noirs, les fameux « negroes » nous est aussi souvent relatée. Il s’agit de dauphins qui seraient plus nombreux dans les eaux proches d’Al Hoceima qu’ailleurs en Méditerranée. Ceux-ci s’attaquent aux filets des pêcheurs et les détruisent. Sachant qu’un grand filet coûte 40.000 euros, on peut imaginer la détresse des pêcheurs quand cela arrive… Suite aux manifestations d’Al Hoceima, une première revendication à ce sujet a été entendue : les deux représentants de la ville à la Chambre de la pêche ont obtenu de la région, en avril dernier, que les pêcheurs soient indemnisés à 100% pour les dégâts occasionnés par les dauphins noirs. Encore une fois, la mobilisation du mouvement Hirak en portant des demandes concrètes, a opéré.

Mais le mal est plus profond

Pour un membre du parti PJD, le métier de pêcheur a été « abandonné ». Il souligne également l’inutilité des conventions européennes dans le domaine.

Le membre de l’Union socialiste des forces populaires rencontré nous parle également du port au passé, signe que ce n’est plus aujourd’hui une source de revenus importante pour la région. Les terribles conditions de la mort de Mouhcine Fikri, quelle qu’en soit la version privilégiée, témoignent elles aussi du désespoir du secteur à Al Hoceima.

Au vu de ces éléments, la question de l’avenir de la pêche maritime dans la région doit être posée. On remarquera que la pêche n’est pas mentionnée dans le Manarat Al Moutawassit, le plan de développement provincial. De plus la création d’un port de plaisance à Al Hoceima donne l’impression d’une transition économique pour la ville. Ainsi l’Agence Nationale des Ports annonçait en 2016, l’aménagement d’une zone de plaisance dans le port d’Al Hoceima pour « diversifier les activités du port » et « saisir les opportunités offertes par le marché de plaisance dans le pourtour méditerranéen ». Est-ce là la nouvelle fonction dévolue à la ville ? Si oui, ce processus risque de s’accompagner par l’abandon des petits producteurs si rien n’est mis en place.

Modifier durablement les activités économiques d’une entité de l’importance d’Al Hoceima exige la mise en place d’une stratégie de long terme qu’on imagine réfléchie. Force est de constater sur place que cette stratégie semble aujourd’hui difficilement lisible (voir la fiche sur Manarat Al Moutawassit).

Si c’est bel et bien l’option touristique qui est privilégiée pour la province, il faudra s’assurer que les familles qui continuent de vivre de la pêche puissent encore le faire. Voire réfléchir très concrètement à des possibilités de reconversion pour ceux qui vivaient de la pêche et n’en sont plus capables. Est-ce dans cette optique que le cahier des revendications du mouvement Hirak demande la création de petites unités de conditionnement des sardines grâce à des incitants fiscaux ? Cela semble en effet une piste intéressante. D’autres pistes devraient être à l’étude comme la question de la mobilité des travailleurs d’Al Hoceima vers d’autres centres de pêche ou la réinsertion professionnelle des pêcheurs vers d’autres métiers. Nous n’avons pas récolté de témoignages concrets sur les alternatives existantes ou en projets durant notre mission. Les propos entendus se sont surtout cantonnés aux constats largement partagés résumés par un membre local de l’USFP, comme suit : « Aujourd’hui, il n’y a pas de projet pour garder les gens [à Al Hoceima] et répondre aux besoins de la population en termes d’emplois ».