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L’obésité maternelle et ses conséquences sur l’enfant. – Catherine Moureaux
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Ce 19 mars en Commission, j’ai interrogé la Ministre de la Petite enfance sur les mesures et/ou actions spécifiques mises en place pour sensibiliser les parents et les mères en particulier à la problématique de l’obésité maternelle et ses conséquences sur l’enfant, notamment un risque plus élevé de développer des maladies cardio-vasculaires et neuro-vasculaires ou encore un diabète de type 2 à l’âge adulte.

Catherine Moureaux: « Madame la Ministre,
L’excès pondéral et l’obésité constituent un problème de Santé publique à l’échelle mondiale. Le nombre de cas d’obésité a doublé depuis 1980. En 2014, plus de 1,9 milliard d’adultes – personnes de 18 ans et plus – étaient en surpoids. Sur ce total, plus de 600 millions étaient obèses.

La situation en Belgique est extrêmement préoccupante. Au niveau bruxellois, les femmes précarisées sont particulièrement touchées par l’obésité. Des mesures de santé publique doivent être déployées par les différents niveaux de pouvoir afin d’agir de manière plurifactorielle pour prévenir cette maladie civilisationnelle.

L’observatoire de la santé et du social le mentionne dans son rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté 2014 : « en 2008, 10% des femmes bruxelloises rapportaient souffrir d’obésité. Cette proportion diminue graduellement à mesure que le revenu augmente, passant de 16% dans le groupe au niveau de revenu le plus bas à 6% dans le groupe au revenu le plus élevé. » Ce constat est le même dans les autres grandes villes de notre Fédération.

Aujourd’hui, une étude européenne, le projet Dorian (The Developmental ORIgins of healthy and unhealthy AgeiNg), a montré les effets néfastes de l’obésité de la femme enceinte sur la santé de l’enfant. Notamment, les personnes nées de mères ayant conservé un surpoids à la fin de la grossesse ont un risque plus élevé de développer des maladies cardio-vasculaires et neuro-vasculaires ou encore un diabète de type 2 à l’âge adulte. Ceci indépendamment du statut socio-économique, puisque ce sont des phénomènes de modifications d’expression génique qui sont principalement mis en cause.

L’étude conclut par un appel au politique afin que des mesures préventives ciblées soient prises à l’intention des femmes enceintes pour prévenir l’obésité maternelle.
Madame la Ministre, dans le cadre des consultations pré, péri et post natales organisées par l’ONE, est-ce que des mesures et/ou actions spécifiques sont mises en place pour sensibiliser les parents et les mères en particulier à cette problématique ? Est-il envisagé par vos services de mener des actions préventives spécifiques sur les pertes de poids pré-conceptionelle auprès de publics cibles ou de manière large afin de limiter les risques pour le nourrisson et l’enfant plus grand ?

Je vous remercie, Madame la Ministre, pour les réponses que vous pourrez me fournir. »

Réponse de la Ministre : « La prévention du diabète gestationnel et de la macrosomie du nouveau-né, les gros bébés, mais vous savez ça mieux que moi, vous êtes médecin, fait partie de mes préoccupations et du suivi préventif des futures mères en consultation prénatale. Les recommandations y afférant sont reprises dans le guide de consultation prénatale qui a été édité en 2009 par le groupement de gynécologues et obstétriciens de langue française de Belgique et l’ONE.

La prévention de l’obésité est un problème important qui nécessite des approches multidisciplinaires. Quand le surpoids est déjà installé avant la grossesse, la situation est évidement encore beaucoup plus compliquée à réguler.

On a certaines études qui montrent le lien entre obésité de la mère et certaines malformations du fœtus. De plus, on sait que restreindre l’apport alimentaire des femmes enceintes peut constituer un risque pour le fœtus. On doit donc plutôt viser à changer la qualité de l’alimentation.

La lutte contre l’obésité doit être menée de manière globale et prendre en compte une multitude d’aspects comme l’accessibilité à une alimentation saine, la pratique du sport, etc.

Selon les données dont nous disposons, la proportion de bébés de plus de 4 kilos parmi les enfants nés des mères suivies dans les consultations prénatales de l’ONE est stable. On ne constate pas d’augmentation, on est à 6,2% ce qui n’est pas mineur.

Etant donné que la naissance de gros bébés peut être une conséquence directe du surpoids ou de l’obésité de la mère, deux questions relatives au poids maternel ont été ajoutées en 2015 au document de la banque de données médico-sociales : le poids de la mère avant la grossesse et au moment de l’accouchement.

En outre, l’ONE a une politique cohérente de prévention de l’obésité dans les consultations prénatales. On a une brochure à destination des professionnels. Les TMS en parlent systématiquement avec l’aide d’un outil ONE qui permet de recommander à chaque femme une prise de poids adaptée à son poids de départ et toute une série de recommandations en matière d’alimentation, etc.

Comme pour le tabac et l’allaitement, les TMS veillent à garder un bon équilibre entre la promotion de la santé et le risque de stigmatisation, pour éviter que les femmes en excès pondéral se découragent et quittent le programme. Par ailleurs, il est bon de rappeler que l’excès pondéral est une pathologie à fort gradient social qui est souvent associée à de mauvaises habitudes alimentaires : pas assez de fruits et de légumes, trop de féculents, consommation de boissons hypercaloriques… A la sédentarité aussi, sans oublier parfois l’aspect transgénérationnel et génétique. »

Catherine Moureaux: « Ici, l’étude DORIAN va au-delà de lutte contre la macrosomie et la prise en charge des femmes suspectées de diabète gestationnel. La prévention actuelle touchent déjà un grand nombre de femmes parce qu’on a modifié les normes qui permettent de décider si une femme est à un risque ou pas. Mais de fait, avec cette étude, on va plus loin, parce que même des femmes qui auraient un triangle glycémique ou des mesures de la glycémie pendant la grossesse qui sont bonnes et pas de risque de macrosomie pourraient potentiellement engendrer des enfants avec des modifications d’ordre génétique. Au niveau scientifique, c’est une autre catégorie de problématiques.

Ceci apporte un éclairage sur le fait qu’il faut avoir encore une attention plus grande que celle qu’on avait auparavant.

Deux axes :

Premier axe, effectivement c’est un champ de lutte très intéressant contre les inégalités sociales parce qu’on sait que les consultations ONE jouent un rôle pour les femmes qui n’ont pas accès à d’autres types de consultations.

Deuxième axe, comment s’assurer que ces femmes d’une manière ou d’une autre puissent en dehors du moment où elles sont dans les services ONE développer un réseau de prise en charge et d’aide pour le suivi et le soutien, et notamment, l’étude insiste là-dessus, le soutien psychologique durant la grossesse et après la grossesse par rapport à cette problématique difficile de perte de poids.
Cette dynamique s’inscrit dans le temps et forcément il faut, si possible, réussir à construire un réseau autour de la personne. C’est un point sur lequel un travail supplémentaire devrait être fait.

Dernier point, on insiste sur la question de l’obésité dans l’axe alimentaire mais l’axe sédentarité et exercices physiques est un autre axe très important à activer.
Ce n’est pas facile. Par rapport à la formation des TMS, il faut des outils plus spécifiques et peut-être lancer une nouvelle réflexion, parce que mettre en marche les gens et en particulier lors de la grossesse n’est pas facile. Ce n’est pas facile, car il faut un degré de professionnalisme très grand pour savoir ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire pendant la grossesse. Ce que l’on peut recommander ou pas.

Comme on est dans le champ de la modification de pratiques, c’est extrêmement compliqué de faire modifier sa pratique à une femme dans le sens de l’exercice physique, il faut disposer d’un degré de professionnalisme intense dans le relationnel et dans la construction d’un projet à long terme et un degré de professionnalisme dans le discours à caractère scientifique qu’on porte par rapport à la femme.

Je pense que la formation des TMS peut être améliorée sur ces deux points. Merci Madame la Ministre.

La Ministre : De toute façon, ce que vous avez écrit, c’est toujours l’intérêt des questions parlementaires quand elles ont une plus-value et celle-ci en a une, c’est qu’on le transmet et on en fait un suivi auprès de l’ONE.

Deuxièmement, ce que vous dites correspond à une réflexion dans laquelle je suis plongée, notamment sur la manière avec laquelle on doit réformer un tout petit peu nos politiques d’éducation permanente pour qu’on soit notamment beaucoup plus en phase avec des objectifs macro essentiel et pour recentrer vers les politiques dont on a besoin et pour lesquelles on a pas les budgets toujours suffisants. Notamment celle-là, les publics précarisés dans plusieurs choses, des femmes et autour des femmes, leur émancipation, le rapport à l’enfance, etc. On doit recentrer vers des sujets un peu plus contraignants. C’est un débat qu’on aura par ailleurs.

Catherine Moureaux : C’est un débat qui va dépasser le cadre de cette commission. Je tiens à insister sur la question du réseau parce que les femmes qui sont en consultation, c’est un sujet très spécifique. Je sais que les travailleuses et travailleurs médico-sociaux de l’ONE le font déjà mais c’est un axe particulièrement important.