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le Livre noir de la santé mentale de la Fédération des Médecins généralistes de Bruxelles (FAMGB) – Catherine Moureaux

Le 14 mars 2018, j’ai interpellé le Ministre compétent sur le Livre noir de la santé mentale de la Fédération des Médecins généralistes de Bruxelles (FAMGB). Vous pouvez lire le compte-rendu des débats ci-dessous:

Mme Catherine Moureaux (PS).- Selon la Fédération des associations de médecins généralistes de Bruxelles (FAMGB), les médecins généralistes sont, aujourd’hui à Bruxelles, les témoins impuissants des carences du système et d’un sous-financement structurel de la première ligne de soins. Leur Livre noir de la santé mentale entend interpeller le monde politique et la société civile sur les grandes difficultés d’accès aux soins en santé mentale à Bruxelles et faire reconnaître le rôle central de la médecine générale dans cette problématique.

Selon ces médecins généralistes, la non-adéquation du financement public à la réalité bruxelloise plombe les politiques de santé. Il conviendrait de répondre aux besoins exprimés par les médecins généralistes, en particulier dans le cadre de la réforme Psy 107.

Compte tenu d’une précarisation en augmentation constante, la capitale de l’Europe abrite, selon ces médecins, une population tout à fait spécifique qui fait exploser les problématiques médico-sociales et, donc, les besoins de soins correspondants.

La capitale souffre d’un cruel manque de lits psychiatriques. Il n’est donc pas possible d’en fermer encore pour développer des équipes ambulatoires, comme le veut la réforme des soins de santé mentale. On ne pourrait pas répondre aujourd’hui adéquatement aux défis en raison, notamment, d’un sous-financement structurel des soins et des structures d’accompagnement, d’une pénurie de spécialistes référents et d’organisations de soutien aux malades atteints d’affection psychiatrique, ainsi que de la difficulté de coordination entre médecins généralistes et médecins spécialistes.

Le médecin généraliste se sent négligé, sans reconnaissance de son implication et sans soutien spécialisé dans ces situations complexes, alors qu’il est un acteur primordial dans la prise en charge d’un patient atteint de troubles mentaux. La première ligne affronterait quotidiennement de nombreux obstacles : des centres de santé mentale saturés, un labyrinthe d’offres dans lequel les patients et les professionnels se perdent, les nombreuses lacunes dans l’offre de soins pour les troubles de santé mentale auxquelles le médecin généraliste doit faire face, la difficulté de résoudre à la fois les problèmes psychiques et sociaux ou encore l’incapacité des autorités à tenir compte de la complexité du système.

La dimension de proximité et d’accessibilité de la médecine générale de premier recours est indéniable. Les généralistes expliquent qu’ils voient défiler un grand nombre de troubles de santé mentale, souvent liés à la grande précarité et à des problèmes somatiques ou de dépendance.

Ce livre noir témoigne de la réalité du terrain vécue par les médecins généralistes, sans mettre en cause la qualité des intervenants et des services existants. Il démontre le manque d’accessibilité aux soins en santé mentale, notamment au moyen des vignettes cliniques récoltées lors d’un sondage en ligne réalisé par la FAMGB durant l’été 2017.

Divers profils émaillent le livre noir, du psychotique de la rue à l’adolescent dépressif. Ces récits de vie qui dévoilent une infinie diversité de parcours n’en possèdent pas moins des composantes récurrentes, comme la volonté des médecins généralistes d’aider les plus fragiles mentalement, même s’ils se sentent de plus en plus seuls, de plus en plus démunis, sans reconnaissance de leur rôle et privés d’un soutien spécialisé, pourtant indispensable dans ces situations complexes.

La médecine générale attend beaucoup de la réforme Psy 107. La FAMGB adhère d’ailleurs pleinement à la philosophie de la réforme : moins de lits psychiatriques et plus de services ambulatoires. L’enjeu est de soigner les patients au plus près de leur milieu de vie, en leur assurant ainsi de meilleurs soins et une plus grande intégration dans la société.

Avez-vous pris connaissance de ce livre noir ? Les médecins généralistes y formulent douze revendications évoquant un besoin de soutien, de liaison, de formation. Qu’en pensez-vous ? Comptez-vous intégrer ces demandes dans le cadre du Plan de santé bruxellois (PSB) ? Avez-vous, le cas échéant, analysé les recommandations consignées à la fin du livre, qui préfigurent un livre blanc qui comprendra probablement des pistes d’action pour améliorer la prise en charge des problèmes de santé mentale dans la capitale?

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Nous avons effectivement pris connaissance du Livre noir de la santé mentale à Bruxelles, présenté à la presse le 1er mars dernier par la Fédération des associations de médecins généralistes de Bruxelles (FAMGB). Ses diverses recommandations et revendications préfigurent d’ailleurs un livre blanc prévu pour 2019.

Dans ce Livre noir de la santé mentale, les médecins généralistes rapportent des situations vécues dans leur pratique. Nous ne pouvons rester insensibles aux témoignages poignants transmis par la médecine générale, confrontée au quotidien à des situations de détresse psychologique aussi profondes. Au travers des récits de vie, nous mesurons les difficultés des prestataires ainsi que la détresse de l’entourage et des proches.

Le livre noir questionne les autorités sur le manque de places à Bruxelles pour l’accueil des situations aiguës qui nécessitent une prise en charge avec un encadrement spécialisé. Les médecins généralistes soulignent, par ailleurs, le besoin d’une meilleure communication et coordination entre les différentes lignes de soins ainsi que la mise en place d’un service de soutien à la première ligne.

La réforme des soins de santé mentale pour les adultes, entamée en 2002 par l’ensemble des autorités de ce pays, prévoit précisément une meilleure articulation entre les différentes fonctions telles que la prévention, la première ligne de soins, les équipes mobiles, la revalidation, l’institutionnalisation et le logement. Toutes ces composantes sont amenées à travailler étroitement ensemble sur un même territoire, au-delà des barrières institutionnelles, et en plaçant clairement le patient au centre de leurs préoccupations.

À Bruxelles, même si le paysage institutionnel est complexe, le réseau de la santé mentale se met en place pas à pas. La Plate-forme de concertation pour la santé mentale bruxelloise associe tous les acteurs de la santé dans les champs tant résidentiel qu’ambulatoire. La médecine générale y a sa place et nous ne pouvons qu’encourager la collaboration au sein des multiples groupes de travail existants, qui contribue à une meilleure coopération.

Le soutien des équipes mobiles actuelles a démontré son efficacité mais reste limité, étant donné que leur financement dépend du gel de lits hospitaliers psychiatriques, qui font cruellement défaut à Bruxelles par rapport aux autres Régions. Pour information, Bruxelles bénéficie de 1.608 lits psychiatriques sur un total de 19.058 lits psychiatriques en Belgique, soit un peu moins de 8,5% du total des lits agréés.

Il est impératif, pour l’organisation des soins, de tenir compte d’une évaluation correcte des besoins de notre Région. Je ne cesse de le rappeler depuis quatre ans lors des différentes conférences interministérielles. J’ai fait part tout à l’heure de ce que nous avons pu obtenir avant le moratoire.

L’autorité fédérale doit intégrer dans ses critères d’évaluation la diversité de la population bruxelloise et les réalités démographiques et socio-économiques, dont la précarité grandissante. Les liens entre précarité et fragilité sur le plan de la santé mentale ne sont plus à démontrer. À son niveau, la Région bruxelloise poursuit sa lutte contre la précarité avec les moyens dont elle dispose et ce, dans toutes les politiques, que ce soit dans celle du Logement, de l’Emploi, de l’Aide aux personnes ou de la Santé.

Pour illustrer un certain nombre d’actions que nous menons à Bruxelles dans ce domaine, je vous informe que, pour le réseau bruxellois en santé mentale pour les enfants et les adolescents (Bru-Stars), nous mettons en place cette année, en collaboration étroite avec nos partenaires de la Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC) et la Communauté flamande, un centre d’appel de crise à destination des prestataires et des professionnels, ce qui permettra d’améliorer l’orientation, l’information et le soutien des appelants.

En 2018 encore, le Collège réuni a prévu le lancement d’une première expérience à Bruxelles du projet « Psychologue de première ligne », à l’instar de l’expérience pilote initiée par la Communauté flamande et dont les premières évaluations sont encourageantes en ce qui concerne le soutien à la médecine générale.

En 2018 toujours, nous soutiendrons encore davantage les initiatives qui associent le patient et ses proches dans son processus de rétablissement. Au-delà des avancées concernant l’échange d’informations médicales entre les professionnels de la santé, nous serons attentifs à la question de l’accès à l’information pour les acteurs médicaux et à la fonction de liaison, afin de garantir une bonne continuité des soins au patient. Cette question est par ailleurs abordée au travers de programmes spécifiques des réseaux de santé mentale à Bruxelles.

Parmi les points d’attention épinglés par la FAMGB, vous trouverez aussi la demande de mieux communiquer avec les autorités judiciaires. Nous invitons la FAMGB à participer activement au groupe de travail existant au sein de la plate-forme de concertation en santé mentale bruxelloise, qui rassemble les acteurs de la santé et les magistrats du Parquet. Nous prenons très à cœur les constats transmis par la médecine générale. La mise en place de la nouvelle plate-forme de première ligne, que j’ai évoquée dans le cadre d’une question orale précédente, contribuera à renforcer la collaboration entre les acteurs de soins et à faciliter la communication entre les prestataires.

Le Réseau santé bruxellois, les réflexions en cours sur les normes hospitalières et la fonction de liaison à l’hôpital pour garantir une bonne continuité des soins après la sortie de l’hôpital en sont des exemples concrets. Le Plan de santé bruxellois prévoira par ailleurs la poursuite du développement de l’offre adaptée aux besoins et ce, en concertation avec le secteur.

Je ne voudrais pas terminer ma réponse en promettant diverses initiatives, alors que nous n’avons pas assez de lits psychiatriques. Que peut faire un médecin généraliste face à une personne en crise si on lui répond qu’un lit ne se libérera pas avant quinze jours, voire trois semaines ? Je ne sais pas dans quelle langue je dois encore le dire. Je constate que mon collègue Pascal Smet ne communique plus ni en français ni en néerlandais, mais désormais uniquement en anglais. Je devrais peut-être suivre son exemple… L’insuffisance est bien réelle, les chiffres sont évidents et nous sommes aujourd’hui dans une logique de moratoire qui empêche même des reconversions.

Mme Catherine Moureaux (PS).- Votre réponse comporte de très nombreux éléments. Je reviendrai sur quelques points.

Concernant l’insuffisance de lits, vous m’avez dit avoir interpellé plusieurs fois en conférence interministérielle (CIM) de la santé publique sur l’injustice faite à Bruxelles dans la mise en œuvre et le calcul actuels du projet Psy 107. Combien de fois avez-vous interpellé en CIM, et qu’avez-vous obtenu ? Je n’ai pas bien compris de quoi il s’agissait?

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Je l’ai dit en réponse à l’interpellation de Mme Susskind. Sentant venir le moratoire, nous avons obtenu 60 lits K supplémentaires en reconversion au CHU Brugmann et à la clinique Saint-Jean, et à l’occasion de l’ouverture du Centre hospitalier interrégional Edith Cavell (Chirec), l’autorisation d’ouvrir 50 lits. Néanmoins, nous restons toujours dans une fourchette de 8,5% à 8,7%. Nous sommes donc encore loin du nombre de lits dont nous devrions disposer.

Objectivement, ce nombre de lits ne peut d’ailleurs pas être ramené aux chiffres réels de la population bruxelloise. Le contexte est bien plus large : situations de précarité, migrants, sans-abri… Tous ces paramètres ne sont pas pris en considération. Ce ne sont pas 10% ou 12%, mais 13% ou 14% des lits que nous devrions avoir. Faites le calcul, nous devrions avoir presque le double. Nous avons 1.600 lits, alors qu’ils devraient être plus de 2.000.

Mme Catherine Moureaux (PS).- Sans parler de la mise en œuvre du projet Psy 107, puisque la conversion est impossible.

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Bien entendu. Mais je dois avoir l’honnêteté de dire que, même si nous sommes les plus efficaces possible, à partir du moment où le généraliste n’a pas de solution pour des situations aiguës, que pouvons-nous encore faire ? On est dans l’impasse totale!

Mme Catherine Moureaux (PS).- Oui et je partage votre analyse des chiffres. Il est évident que, dans ce domaine comme dans d’autres – je pense notamment à la nécessité de développer à Bruxelles un réseau public plus dense de maisons de repos (MR) et de maisons de repos et de soins (MRS) -, Bruxelles agglomère, de par ses caractéristiques, un plus grand nombre de besoins. La précarité et d’autres éléments y constituent un fardeau bien plus lourd en matière de santé que ce que laissent penser les simples chiffres de la population.

Dionysos est une association active dans le domaine de la santé mentale. Elle vient en aide aux personnes âgées. Elle réalise un travail de coordination très intéressant. Vous la soutenez depuis le début. Or, son financement semble être mis en péril par des décisions du pouvoir fédéral. D’un financement forfaitaire, elle passerait à un financement à l’acte. De telles mesures dégradent les capacités de la Région de répondre aux besoins en matière de santé mentale.

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Nous nous battons pour maintenir le financement de cette association.