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Le Manarat Al Moutawassit (MAM) est sur toutes les lèvres à Al Hoceima. Et pour cause, il s’agit d’un grand programme de développement pour la province qui avait été lancé en 2015. Ce programme destiné à  faire de la ville « le phare de la Méditerranée » est ambitieux. Il prévoit durant la période de 2015 à 2019 de mettre en place 530 projets portant sur 5 axes : la gestion du territoire, la promotion de l’environnement social, la protection de l’environnement, le renforcement des infrastructures, et le développement de l’espace cultuel. Le tout pour un budget de 6,5 milliards de dirhams soit 59 millions d’euros. Aujourd’hui, deux ans après son lancement officiel, peu de concrétisations ont vu le jour dans la province. Seuls 10 projets auraient été réalisés.

A ce sujet, les responsables locaux que nous avons rencontrés expliquent la responsabilité de l’état central dans les retards de la mise en place. Selon eux, il ne s’agit pas d’une spécificité liée au pays : de tels retards sont courants pour des projets d’une telle envergure. Néanmoins, les raisons plus précises des dysfonctionnements restent floues. Au fil de nos rencontres, nous percevons que la décentralisation, mais surtout les rivalités entre les partis politiques ont pu y jouer un rôle.

 

Une mise en place relancée

Le mouvement « Hirak » va dès son amorce s’emparer des projets prévus par le programme de développement et les intégrer dans son cahier de revendications. Pour rappel, le projet avait été officiellement lancé par le Roi et communiqué à la population en 2015. A la fin du mois de juin 2017, et suite aux manifestations continues à Al Hoceima, Mohamed VI lui-même s’empare du dossier. Il commande deux enquêtes à l’Inspection générale de l’Intérieur et à l’Inspection générale des finances et somment les ministres de tout lancer de manière concrète avant de partir en vacances.

Dans ce contexte, les autorités locales que nous avons rencontrées se sont montrées rassurantes sur les suites du programme de développement. Elles estiment que le mouvement Hirak a été très positif pour l’avancée concrète des projets. Patience et confiance sont demandées aux citoyens… En insistant, nous avons pu visiter le chantier du nouvel hôpital provincial d’Ajdir. Outre les nombreux travaux d’embellissement des voiries, ce sont les seules concrétisations matérielles d’une accélération de la mise en œuvre du MAM que nous avons pu observer durant notre court séjour à Al Hoceima.

Un paradoxe nous est apparu au fil de notre mission et de nos conversations avec les habitants au sujet de ce fameux plan de développement que tous semblent appeler de leurs vœux :  Quelle place pour le secteur de la pêche ? A Al Hoceima, ce secteur a par le passé nourri des milliers de familles. Qu’en est-il aujourd’hui ? Nous nous interrogeons sur le fait que cette dimension faisant partie de l’ADN de la ville ne se retrouve pas dans le plan créé pour la province. Alors même que le Ministère de la pêche maritime finance le programme à hauteur de 320 millions de dirhams.

 

Des questions subsistent

D’un point de vue technique également, nous nous interrogeons sur plusieurs aspects de la mise en place du programme. Sur place, nous avons comme dit plus haut constaté de nombreux travaux sur les voiries employant des ouvriers. Il apparait que ceux-ci ne sont pas originaires d’Al Hoceima mais nous dit-on « des régions du sud ». Ce constat nous amène à nous poser la question de l’emploi des ressources humaines locales dans les immenses chantiers prévus dans le Manarat Al Moutawassit. Le taux de chômage des jeunes à Al Hoceima est très important. Puisque les travaux sont financés par de l’argent public, exiger de la part des entrepreneurs d’employer des travailleurs issus de la province apparaitrait comme une première réponse concrète aux besoins d’emploi de la population locale.

 

Concernant la pérennité des infrastructures, nous n’avons pas eu l’occasion d’avoir accès aux documents précisant pour chaque projet : le coût des équipements, les frais de fonctionnement et le nombre d’emplois créés.

Néanmoins, lors de nos rencontres avec les autorités et un médecin, il nous a été dit que par le passé ces trois aspects manquaient cruellement lors de la construction de nouvelles infrastructures. C’est donc un élément qui devra sans doute maintenir l’attention des autorités locales et du mouvement afin de permettre que les bâtiments construits puissent être réellement mis au service des usagers via des budgets de fonctionnement leur ayant été strictement attribués.

Plus généralement, lors de nos entretiens avec les autorités locales et lors de la consultation du Manarat Al Moutawassit, nous n’avons pas perçu quel était le positionnement stratégique de la ville d’Al Hoceima sur la côte méditerranéenne marocaine aux côtés de Nador, la ville industrielle, et de Tanger le port international. Nous reviendrons sur ce thème notamment dans la fiche consacrée à la pêche.

« Quelle place pour le secteur de la pêche ? A Al Hoceima, ce secteur a par le passé nourri des milliers de familles. Qu’en est-il aujourd’hui ? »