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Installée depuis un peu plus de trois semaines à Molenbeek, la fille de Philippe Moureaux regrette la nouvelle renommée internationale de la commune.

Depuis les attentats de Paris, Molenbeek est sous le feu des projecteurs. Quel est votre sentiment par rapport à l’image donnée de la commune?

Tout aurait été différent si l’assaut avait d’abord été donné à Saint-Denis et qu’on avait d’abord trouvé des auteurs français. Aujourd’hui, il y a une blessure à Molenbeek, surtout au niveau de sa renommée internationale. Les médias français ont titré « ghetto de misère », pour parler de Molenbeek. C’est très blessant. Ce n’était déjà pas facile. Maintenant, c’est pire.

Que pensez-vous de la gestion de crise menée par votre bourgmestre, Françoise Schepmans (MR)?
La gestion de crise s’est beaucoup faite au niveau du Fédéral, finalement. Et il aurait été irresponsable de donner les clés de la commune au Fédéral. Car il a des propos qui sont assourdissants de stigmatisation notamment quand il dit vouloir nettoyer Molenbeek. Mais je sais que Françoise Schepmans partage mon avis sur ce point.
Vous êtes donc plutôt contente de la façon dont elle a fait face aux événements?
Je ne peux pas dire qu’elle a mal géré. On n’a pas encore toutes les réponses. La situation est grave et complexe. Aujourd’hui, il faut faire le diagnostic. C’est pour cela que j’ai proposé de créer une union communale et citoyenne pour avoir une réflexion qui transcende les partis et qui rassemble les citoyens.

On a besoin de tout le monde pour comprendre. Mais Françoise Schepmans a refusé. Ça m’a déçue. Mais elle a dit qu’elle voulait d’abord travailler au sein du conseil et puis ensuite on pourrait travailler dans ce sens-là. Donc, j’attends.

Certains mettent directement en cause la gestion de la commune par votre père. On lui reproche d’avoir laissé les choses aller…
C’est terriblement injuste. On ne peut pas dire que c’est à cause de la gestion communale de qui que ce soit que de tels événements se produisent. C’est absurde. Aujourd’hui, on se plaît à établir une liste de personnes qui sont nées, qui ont transité, qui ont travaillé, qui se sont mariées, etc. à Molenbeek mais ça n’éclaire en rien.

Le fait que des éléments d’enquête ramènent à Molenbeek pose quand même question.
La bourgmestre a bien répondu sur ce point. Elle a dit qu’il y avait une facilité d’anonymat à Molenbeek. C’est vrai. C’est une des communes les plus denses. C’est la plus jeune aussi. Et il y a un haut taux d’immigration.

La politique d’intégration de votre père est aussi mise en cause.
Mon père est le symbole d’un modèle de vivre ensemble. À Londres, le modèle d’intégration est communautariste et extrêmement ouvert au niveau des religions. À Paris, c’est le modèle républicain, assimilationniste qui gomme les différences pour rentrer dans un moule. Mon père se situe entre le communautaire londonien et l’hyper laïc à la française. Dans chacune de ces villes, il y a des radicalisés et des attentats alors que les politiques sont très différentes. Ça prouve que le modèle d’intégration ne donne pas à lui seul la réponse. Et puis je signale qu’à Schaerbeek, c’est la même politique de vivre ensemble qui est menée. Le modèle n’est pas propre à Molenbeek. Et que reproche-t-on précisément? Je cherche des faits précis. Attendait-on qu’il mette certaines personnes à la porte? On dit qu’il n’aurait pas dû autoriser, qu’il aurait dû fermer… Je rappelle que les gens peuvent se réunir et former des associations dans un état de droit.

Vous trouvez qu’on fait un mauvais procès à votre père?
La commune, c’est un niveau de pouvoir qui a ses limites. C’est pour cela qu’aujourd’hui, je ne veux pas taper sur qui que ce soit. Car il y a des responsabilités à plusieurs niveaux de pouvoir. À un premier niveau, il y a la sécurité et les renseignements. Ensuite, il y a la Justice. La commune n’est pas la première responsable.

Vous inscrivez-vous dans l’héritage politique de votre père?
Pour moi, ce qui est important, c’est l’égalité. L’État doit assurer le droit à la différence. Interdire le port de tout signe religieux dans l’espace public, pour moi, c’est du fascisme. On doit respecter la différence. Mais il faut un appareil d’État laïc. Le religieux doit rester dans la sphère privée.

 

Interview par Anaïs Sorée, 28 novembre 2015, L’Echo